Pellicules super 8

Photo : Stephane Moreau, Brest, 2022

Je suis cinéaste autodidacte, j’ai commencé mon apprentissage suite à ma rencontre avec le cinéaste Colas Ricard, puis l’association Treiz à Rennes, et son labo de développement argentique… 

Je travaille uniquement en pellicule, majoritairement en super 8. Je n’ai aucune compétence en tournage numérique, tout simplement car je n’utilise pas cet outil et n’ai jamais eu l’occasion d’utiliser de caméras numériques, et cela ne m’a jamais manqué ni appelée pour le moment. 

J’ai commencé par réaliser des courts métrages artisanaux, faits main depuis le tournage au développement, en passant par le montage au scotch, et jusqu’à la projection du film format pellicule.

Le super8 est une pellicule de 8mm qui a eu son heure de gloire dans les années 70, et qui s’est popularisée surtout dans le cinéma amateur, et en particulier le tournage de films de famille. 

Elle n’est quasiment plus utilisée aujourd’hui, sauf par quelques passionné.e.s dont je fais partie, et qui pratiquent un cinéma artistique, expérimental, différent. Étant moi-même artiste, je suis tout de suite tombée amoureuse de ce support, son grain et sa matérialité chaleureuse, sa dimension intimiste et son esthétique. 

De plus, je peux maîtriser la chaîne de production de A à Z, depuis le tournage avec ma petite caméra très maniable, jusqu’au développement dans mon labo, au montage au scotch, à la projection avec mes projecteurs super8. 

Même si aujourd’hui je réalise des aussi moyens et longs métrages qui nécessitent plus de moyens techniques (numérisation, post-production…), la base reste la même, et j’ai réalisé de nombreux courts métrages de cette manière, très autonome. 

En super 8, on utilise des cartouches de pellicule qui durent seulement 3minutes. C’est très court. Et cela induit que le rapport a l’image pendant un tournage est radicalement différent du numérique : Chaque seconde est infiniment précieuse. Le temps est compté, on est à 100% dans le présent, il n’y aura pas de deuxième prise ! 

Donc chaque image compte, chaque image est récoltée amoureusement comme un trésor.


On ne sait jamais si on a réussi une prise. Il faut attendre d’avoir développé la pellicule, et de la visionner avec le projecteur, pour découvrir le résultat !


Ma petite caméra se glisse partout et permet de filmer de manière très intimiste : elle n’est pas très adaptée pour filmer des plans larges ou de vastes paysages. Plutôt des rencontres intimes, des rayons qui filtrent à travers la fenêtre, des gouttes de rosée et des feuilles qui dansent. 

Et l’argentique nécessite une bonne lumière pour impressionner la pellicule… impossible de filmer de nuit, ou dans certaine conditions sombres :  il faut rapidement des éclairages artificiels supplémentaires, ou des pellicules très sensibles qui auront aussi leurs contraintes et leurs limites. Les plus belles lumières sont les lumières naturelles, et je suis donc souvent amenée à filmer en extérieur, en étant très dépendante des conditions météo.

Toutes ces spécificités font qu’un tournage se prépare avec amour et avec soin. Une sorte d’artisanat dʼart du film.
Une démarche singulière dont il est important d’avoir conscience. 

Mon film « les racines miraculeuses » sera tourné en super 8

J’utiliserai majoritairement des pellicules Kodak Ektachrome pour ce film, qui donnent un rendu exceptionnel de couleurs et de grain.

Photo : Stephane Moreau, Brest, 2022

Je te partage ci-dessous un texte qui pourrait peut être aussi t’intéresser puisque tu es toujours là :

Le Super 8, le bâtard du cinéma

un texte co-écrit par Alice Dorn et Colas Ricard, cinéastes.

Avec Mauricio Hernandez, Umlicht Films, à la numérisation, Douarnenez.